Reportage sur la culture du houblon en exploitation

Mercredi 24 février 2010, par Xavier // Le houblon

La culture du houblon est étalée de la période printanière jusqu’à l’automne. Elle comprends des phases d’entretien de la houblonnière, de traitement, et de récolte. L’hiver est un moment de repos pour les rhizomes, c’est le moment ou le houblonnier (personne qui cultive le houblon) entretien les structures qui serviront à supporter les lianes au printemps.

Les variétés cultivées varient selon la demande : actuellement le classique alsacien strisselspaltz a toujours la cote, non pas en france, mais aux états unis. Selon cette même demande américaine, la seconde variété cultivée est le colombus ; famille de houblon amère dont le degré d’acide alpha avoisine les 14%. La demande de cette variété est motivée bien sur par des motifs économiques : plus le pourcentage d’acide alpha est élévé, moins la quantité d’amérisant est importante, et par conséquent, moins le cout est élevé. L’année 2009 a vu une crise majeure dans le monde du houblon, les USA n’ont pas renouvelé leur commande annuelle : près de 30% de la surface de culture en Alsace a été soit arraché, soit mis en jachère.

Si les désidératas de l’acheteur concernant les variétés cultivées sont importantes, d’autres « obligations » sont imposées aux houblonniers : le degré d’humidité résiduel, le conditionnement sont autant de contraintes couteuses.

Ces considérations économiques, ainsi que d’autres problèmes d’ordre plus naturel, ont pour conséquence l’abandon par les cultivateurs alsaciens de la culture du houblon. Si le petit village de Fessenheim le bas comptait une dizaine de houblonniers dans les années soixante dix, ce chiffre est tombé actuellement à trois.

Les cycles de culture du houblon

Le printemps voit la repousse des lianes de houblon. Le travail du houblonnier consiste en deux phases principales : la pose du fil porteur et l’éclaircissement des pieds. Le fil porteur est fixé au sol par un crochet planté près du pied, le fil est ensuite tendu entre ce crochet et le câble qui se trouve à 8 mètres du sol, lui-même soutenu par des poteaux goudronnés en bois. L’éclaircissement consiste à, par deux fois durant la pousse du pied, couper les lianes les plus faibles pour n’en conserver que 3. Celles-ci pourront s’accrocher librement sur le fil de fer tendu. A noter que les jeunes pousses de houblon constituent un met de choix, au même titre que les asperges, seul leur prix risque d’en dissuader plus d’un : près de 100€ le kilo ! Elles se cuisinent soit comme des asperges, soit rissolées dans le beurre. Les opérations ont lieu lors de la pousse des lianes durant les mois d’avril ou mai selon la météo. L’éclaircissement est un travail difficile : par deux fois, il faut parcourir la houblonnière accroupi, sécateur à la main pour couper les lianes les plus faibles.

Ensuite, rapidement, le houblon pousse en s’enroulant autour du fil de fer tendu. Cette période est cruciale car elle conditionne une récolte plus ou moins facile ; une année précédente, une tempête avait soufflée la moitié de la houblonnière, il avait fallu remonter à la main les lianes tombées au sol sur le fil tendu. Un travail lent et fastidieux pour le houblonnier, mais qui ne s’arrêtait pas à ce niveau : la récolte fut problématique du fait d’une faiblesse localisée de la liane : comme on le verra plus tard, la récolte mécanisée est réalisée à l’aide d’une machine qui arrache la liane par le bas et tire jusqu’à rupture de la fixation haute de la liane ; or cette faiblesse localisée entrainait une rupture de la liane à mi hauteur.... et l’autre moitié restait accrochée....

La récolte du houblon : de la liane aux cônes

Le mois de septembre est celui de la récolte du houblon. Elle dure d’une semaine à 15 jours de travail intensif pour le houblonnier qui ne comptera pas ses heures. L’ensemble des actions nécessaires à la cueillette est mécanisé. Les lianes sont arrachées sur le pied. Un tracteur muni d’une machine et suivi d’une remorque passe entre les poteaux de la parcelle. La machine coupe une liane avec son fil métallique, au pied et en saisit le bout, pendant que le tracteur poursuit sa route, arrachant la liane complète de son support. La liane ainsi libérée, tombe dans la remorque prévue. Le travail est long et harassant. Les feuilles de houblon sont urticantes et leur contact provoque à la longue des plaques rouges et brulantes sur la peau des bras.

Les lianes sont emportées vers la coopérative de houblon du village. Ce bâtiment particulier est partagé entre les houblonniers du village. Il sert à sécher le houblon, à le stocker et à le conditionner.

Une à une les lianes sont introduites dans une machine impressionnante dont le rôle est de séparer les fleurs du reste du végétal (liane, feuilles et fil de fer). Comme me l’ont raconté les anciens, cette machine remplace le travail d’un village entier durant une semaine. Avant l’adoption de techniques modernes de cueillette, les lianes arrachées étaient distribuées à toutes les familles du village, et chacune séparait, à la main, les cônes du reste de la plante, chaque famille recevait une rétribution en fonction de la quantité de fleurs cueillie.

Mais pour un contrôle qualité permanent, l’œil humain n’a pas encore trouvé son double mécanique : 2 personnes sont constamment affectées à la sortie des fleurs pour ôter les quelques feuilles qui auraient pu passer à coté du tri mécanique. Un travail épuisant pour la vue, car le tapis transporteur des cônes est très rapide, et il faut être au moins aussi rapide pour retirer les "impuretés".

De l’autre coté, à l’extérieur du bâtiment, le reste des végétaux est entassé. Ces déchets feront un compost d’excellente qualité. A noter que la fermentation commence rapidement, la température du tas vert se stabilise naturellement aux alentours de 60°. Mis en sac de 50 kg, les fleurs sont emportées au premier étage du bâtiment pour la seconde étape de leur transformation : le séchage.

Les cônes de houblon sont emportés au dernier étage d’une tour. Les sacs sont renversés sur une grande clayette (grand bac à fond grillagé amovible) qui prends place au sommet d’une "tour" qui compte 4 étages de clayettes (dont 2 amovibles : la première et la dernière). Une source de chaleur se trouve au pied de la tour (chauffage puissant au fuel ou au gaz), l’air chaud monte et traverse les clayettes emplies de houblons.

Les cônes sont ainsi séchés durant 6 heures, un mécanisme permet de faire descendre le contenu des clayettes successives sur celle du dessous, la dernière étant renversée à même le sol pour lui permettre de refroidir.

Renversement de la dernière "clayette"

Une fois refroidies, les cônes sont poussés dans des baies de stockage apparentées à chaque houblonnier, là les fleurs désormais sèches, attendront leur envoi vers la coopérative.

Enfilade d’armoires de stockage de houblon au rez de chaussée du bâtiment.

Je remercie les personnes qui ont rendu ce reportage possible et je conseille à tous les passionnés de visiter ce type d’installation avant qu’elles ne disparaissent définitivement de la région. L’odeur permanente et entêtante du houblon est un bonheur pour les brasseurs amateurs.

Répondre à cet article

1 Message